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Un rituel de la Pâque: mon esclavage s'est souvenu

Un rituel de la Pâque: mon esclavage s'est souvenu

Robert Hirschfield réfléchit et contemple les Séders du passé.

GIDEON STEIN, ami peintre juif, m'a invité à assister à son Seder cette année. J'ai refusé (mon refus annuel d'invitation au Seder), rappelant les herbes amères de mon enfance.

Notre petit appartement dans le Bronx était le site traditionnel de notre famille Seder. C'était la seule maison dans laquelle notre grand-père hassidique aurait mis les pieds, car notre mère n'était que légèrement moins pieuse que lui. Il était de Pologne et nous a donné aux enfants des carottes si anciennes qu'elles semblaient avoir fait le voyage avec Moïse à travers le désert du Sinaï.

La Pâque est une question de libération. Comme le dit la Haggadah (le livret que les Juifs ont lu au Seder), hier nous étions esclaves en terre d'Egypte, aujourd'hui nous sommes libres. En tant que partisan de toutes les causes progressistes, la Pâque devrait être la seule fête juive que j'observe. Mais ma psyché est toujours liée aux souvenirs de l'invasion annuelle de ma maison par des parents, des amis de parents et des amis de la famille. Ils venaient tous rendre hommage au patriarche à la barbe blanche.

C’est ce que j’ai ressenti au Seder: sec, aplati et incapable de monter.

J'imaginais que sous son énorme calotte, chaque calamité qui s'était abattue sur le peuple juif depuis le début des temps était gardée sous clé.

Mon lit étroit était couvert des manteaux, des fesses, des voix stridentes de nos hôtes. Sur la table du Seder se trouvaient les plats, carrés, secs matsa; le pain sans levain cuit à la hâte par les esclaves affranchis qu'il n'eut pas le temps de se lever.

C'est comme ça je ressenti au Seder: sec, aplati et incapable de se lever. Au fur et à mesure que la nuit avançait et que les chansons chantées par tout le monde se fatiguaient, j'ai attrapé quelque chose de fugace que j'associais à la survie juive. Après tout, n'est-ce pas ce que j'essayais de faire toute la soirée? Survivre? Survivre en exil dans ma propre maison, plutôt qu'en garçon libre chez quelqu'un d'autre?

Ma partie préférée du Seder était quand nous avons ouvert la porte pour que le prophète Élie entre. Élie, le héraut du Messie aux Juifs, entrerait dans notre maison (et la maison de chaque famille qui fabrique le Seder) de manière invisible, comme j'aurais souhaité que toutes les personnes présentes entrent. Je me suis toujours battu pour être celui qui laissait Elijah entrer. Si jamais j'assiste à un autre Seder, je veux entrer comme Elijah. Cela me permettrait de récupérer mes jambes de mer, de me libérer de ma servitude.

Nous avons tous nos déserts à traverser.

Voir la vidéo: Le savoir des anciens: Loeil dHorus Lintégrale (Décembre 2020).